Justice

Étude sur la prévalence de l’ETCAF dans les établissements correctionnels

Étude sur la prévalence de l’ETCAF dans les établissements correctionnels

Contexte

En partenariat avec le Child & Family Research Institute et l’Université de la Colombie-Britannique, le ministère de la Justice a lancé une étude sur la prévalence de l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF) chez les personnes incarcérées ou en liberté surveillée au Yukon.

Le but de cette étude est de mieux comprendre pourquoi de nombreuses personnes au sein de la population carcérale souffrent de troubles causés par l'alcoolisation fœtale (TCAF), de troubles mentaux ou de troubles liés à la toxicomanie. Les données recueillies serviront à améliorer la prestation des services offerts au Centre correctionnel de Whitehorse et dans la collectivité.

Raison d’être de l’étude

Les personnes qui ont été exposées à l’alcool au cours de la grossesse de leur mère peuvent éprouver tout un ensemble de difficultés cognitives, émotionnelles et physiques, et peuvent être atteintes de troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF). Les personnes atteintes de TCAF éprouvent toutes sortes de difficultés dans leur fonctionnement quotidien et sont surreprésentées dans les milieux de la justice pénale. Le recensement des personnes atteintes de TCAF dans le système carcéral est important pour diverses raisons. Ces personnes éprouvent souvent des troubles cognitifs affectant notamment la prise de décisions et la résolution de problèmes, des troubles de santé mentale ou des dépendances. Le ministère de la Justice a cherché à en savoir plus sur le nombre de contrevenants éprouvant ces types de problèmes afin de mieux définir comment répondre à leurs besoins à l’avenir.

Qui est responsable de la recherche?

La recherche a été menée par la Dre Kaitlyn McLachlan, en collaboration avec le ministère de la Justice du Yukon et le Child & Family Research Institute, lequel travaille en partenariat avec l’Université de la Colombie-Britannique. Un comité formé de représentants des partenaires du projet a assuré la supervision externe de tous les aspects de l’élaboration et de la réalisation de l’étude. Ce comité était composé de chercheurs, de juristes, de cliniciens et d’autres intervenants clés à l’échelle locale et nationale, ainsi que des représentants des ministères et organismes suivants : ministère de la Justice du Yukon; ministère de la Santé et des Affaires sociales du Yukon; Yukon First Nations Health and Social Development Commission; Institut nordique de la justice sociale du Collège du Yukon; Centre de recherche du Yukon; Fetal Alcohol Syndrome Society Yukon; Justice Canada; Service correctionnel Canada; section yukonnaise de l’Association du Barreau canadien; Centre canadien de lutte contre les toxicomanies.

L’approche suivie dans la recherche a été examinée de près et approuvée par le comité de déontologie de la recherche clinique de l’Université de la Colombie-Britannique. Toutes les démarches de la recherche ont été effectuées dans le respect des normes éthiques de l’université en matière de recherche.

Comment le projet a-t-il été financé?

Le gouvernement du Yukon a accordé le financement, la dotation en personnel et les ressources internes nécessaires à la réalisation de l’étude. L’Université de la Colombie-Britannique a également apporté une contribution en nature en fournissant les ressources nécessaires afin de protéger de manière éthique les données recueillies dans le cadre de la recherche.

Renforcement des capacités locales et soutien des participants

Dès le départ, l’équipe de recherche a cherché à atteindre plusieurs objectifs importants. Tout d’abord, nous avons cherché à réaliser le projet d’une manière qui permettrait d’accroître les capacités professionnelles locales pour soutenir les personnes atteintes de TCAF. Pour constituer l’équipe chargée de l’étude, on a fait appel à des médecins, à des psychologues et à des chercheurs locaux, qui ont reçu la formation et le soutien nécessaires tout au long de l’étude.

Ensuite, nous avons veillé à ce que les participants reçoivent du soutien et des conseils à la suite de leur participation à la recherche. Les participants ont assisté à des séances de rétroaction individuelles et reçu des rapports écrits résumant les résultats de leur participation à l’étude. Par la suite, des services de soutien ont été offerts à tous les participants pendant au moins six mois afin de leur permettre de communiquer avec les personnes susceptibles de les aider, examiner les résultats de l’étude ou recevoir toute autre forme de soutien dont ils pouvaient avoir besoin à la suite de leur participation à l’étude.

Comprendre le contexte yukonnais

Comme les personnes d’origine autochtone sont surreprésentées dans le système correctionnel du Yukon, il était prévu qu’elles seraient touchées de façon disproportionnée par cette recherche. Fait important, l’ETCAF se manifeste dans le contexte de déterminants sociaux de la santé. Au Yukon, les collectivités des Premières nations continuent à se remettre des conséquences des politiques colonialistes, y compris les pensionnats et les répercussions intergénérationnelles qui s’y rattachent, notamment la perte de l’identité culturelle, l’affaiblissement des liens communautaires et familiaux, et le nombre disproportionné d’Autochtones aux prises avec la toxicomanie et la pauvreté. Compte tenu de ces facteurs, les chercheurs ont jugé prioritaire de solliciter la participation des partenaires en santé des Premières nations, principalement en communiquant régulièrement avec la First Nations Health and Social Development Commission, et ce, à toutes les étapes de la recherche. La Commission continue d’appuyer la recherche, à mesure que l’analyse des données ainsi que l’interprétation et la communication des résultats se poursuivent.

Méthodologie

Les données ont été recueillies sur une période de 18 mois, entre mai 2014 et septembre 2015. Les participants ont été recrutés dans les milieux correctionnels et communautaires au Yukon, principalement à Whitehorse, bien que les participants du Centre correctionnel de Whitehorse viennent de diverses localités du territoire. Pour pouvoir participer à l’étude, il fallait avoir entre 18 et 40 ans, et faire l’objet d’une ordonnance de surveillance par les Services correctionnels du Yukon. Toutes les personnes qui répondaient aux critères ont été invitées à participer, et l’étude n’a pas porté principalement sur les personnes considérées « à risque » d’être atteintes de TCAF.

Dans le cadre de l’étude, les chercheurs ont adopté une méthode de détermination des cas selon une optique prospective, qui a consisté à évaluer un large éventail de personnes au sein des Services correctionnels du Yukon au cours de la période de 18 mois afin d’estimer de la prévalence des TCAF dans le système de justice. Au total, on a communiqué avec 174 personnes, dont 66 % ont accepté de participer à la recherche. Parmi ces dernières, 80 personnes ont participé à tous les aspects de la recherche, le taux de rétention étant de 92 %. Nous estimons que notre échantillon reflète environ 10 % des personnes suivies par les Services correctionnels du Yukon au cours des 18 mois qu’a duré l’étude.

Au moyen d’une procédure de consentement éclairé permettant de garantir qu’ils pouvaient démontrer qu’ils comprenaient bien l’information nécessaire en vue de donner leur consentement de participer à la recherche, les participants ont été soumis à une évaluation, en conformité avec les lignes directrices nationales de 2005 pour le diagnostic des TSAF (Chudley et coll., 2005). Les participants ont suivi un protocole de recherche exhaustif, qui comprenait des évaluations médicales et psychologiques effectuées par une équipe multidisciplinaire. Un coordonnateur clinique a procédé à des examens approfondis des dossiers et des entrevues accessoires en vue de recueillir des informations sur l’exposition prénatale à l’alcool. On a également utilisé des outils de dépistage des TSAF, notamment l’outil de dépistage et d’aiguillage à l’intention des agents de probation, élaboré par l’Asante Centre, et la liste de vérification sommaire en vue du dépistage, mise au point par le Service correctionnel du Canada. Des outils cliniques ont également été utilisés pour estimer le pourcentage des participants aux prises avec des troubles de santé mentale et de toxicomanie dans l’échantillon. Une fois les données recueillies, une discussion de cas a eu lieu pour déterminer si chaque participant répondait ou non aux critères diagnostiques des TSAF.

Ce que nous avons trouvé

En tout, 80 personnes, hommes et femmes, ont participé du début à la fin au protocole de recherche. L’exposition prénatale à l’alcool a été confirmée chez 25 % des participants, et écartée de façon fiable chez 25 %. Les données étaient insuffisantes pour confirmer ou écarter l’exposition prénatale à l’alcool chez les 50 % restants. Cette conclusion vient confirmer l’existence de difficultés inhérentes à la réalisation d’évaluations des TSAF chez les adultes. Les résultats ont montré que 17,5 % des participants ont fait l’objet d’un diagnostic de TSAF (dont deux cas de syndrome d’alcoolisme fœtal partiel [SAFp] et 12 cas de trouble neurologique du développement lié à l’alcool [TNDLA]). Un diagnostic n’a pu être confirmé ou écarté pour chez 13,75 % des sujets. Un diagnostic de TSAF a été exclu chez les 68,75 % restants. Des taux élevés de déficits cognitifs ont été observés dans cet échantillon, ainsi que des problèmes de santé mentale liés à la toxicomanie. Afin de mieux comprendre la nature et l’étendue de ces déficits, une analyse exhaustive de l’ensemble des données, ainsi que des résultats des outils de dépistage des TSAF, est en cours.

Ce que cela signifie

Les premiers résultats de cette recherche mettent en évidence le taux élevé de TSAF chez les adultes aux prises avec le système de justice au Yukon. Les résultats sont conformes aux estimations de la prévalence dans d’autres études liées à la justice pénale au Canada. Par exemple, en 2006-2007, Service correctionnel Canada a trouvé un taux de prévalence de 10 % chez les délinquants purgeant une peine fédérale (MacPherson, Chudley et Grant, 2011). En 1999, dans une étude menée en Colombie-Britannique, Conry et Fast ont découvert de leur côté que 23,3 % des adolescents hospitalisés dans une unité de soins médico-légale répondaient aux critères pour un diagnostic de TSAF. Les premiers résultats ont également révélé des taux élevés de troubles de santé mentale et de toxicomanie dans notre échantillon ainsi que des taux élevés de déficits cognitifs chez tous les participants, ce qui vient confirmer nos premières inquiétudes à l’égard de ces difficultés au sein de cette population.

Le ministère de la Justice n’a reçu que des résultats préliminaires pour le moment et attend avec intérêt l’évaluation des résultats à mesure qu’ils seront colligés et analysés.

Prochaines étapes

À l’heure actuelle, les résultats de cette recherche sont en cours d’analyse en vue de soumettre un rapport final et un document manuscrit aux fins d’examen par les pairs d’ici en 2017/2018. Pendant ce temps, des présentations seront faites aux parties intéressées locales afin de veiller à ce que les résultats soient interprétés et communiqués de la manière la plus efficace possible pour le contexte du Yukon. Pour le moment, le ministère de la Justice attend les résultats de la recherche de fond avant de déterminer la voie à suivre auprès des Services correctionnels du Yukon. Les résultats serviront à orienter l’élaboration de nouveaux programmes ainsi que les décisions en matière de politiques.

Ressources

Ce projet a également été élaboré et mis en œuvre dans le but faire connaître la méthodologie et l’approche suivies aux personnes qui désirent entreprendre des recherches analogues dans d’autres provinces ou territoires.

Pour toute question au sujet de la recherche ou pour parler à la chercheuse principale, la Dre Kaitlyn McLachlan, veuillez vous adresser à Natasha Phillips, Conseiller principal, au ministère de la Justice, au 867-667-5964.

Pour de plus amples renseignements sur ce projet, veuillez communiquer avec : 

Nicole Benson
La Direction des politiques et des communications
Ministère de la Justice, gouvernement du Yukon
Téléphone : 867-667-3232
nicole.benson@gov.yk.ca